Béthune, c’est champagne !


Il n’a pas encore vingt-deux ans, et pourtant il trimballe sa solide carcasse de pilard dans les travées d’Armandie avec la sérénité d’un vieux briscard : «  J’ai peu de matches au compteur chez les professionnels, mais c’est vrai que le club m’a fait très vite confiance » acquiesce ce dernier quand on lui fait remarquer qu’il est désormais un titulaire en puissance à un âge où peu de joueurs à son poste arrivent à s’exprimer au plus haut niveau : «  Titulaire, c’est aller vite en besogne, Mauricio (Ndlr, Reggiardo, l’entraîneur des avants) compte sur tout le monde, il nous l’a dit. Après quand on est compétiteur, on en veut toujours plus. » Toujours plus, comprenez plus de minutes sur le pré vert à défier l’adversaire. Et ça tombe bien cette saison et ce retour en Top 14 promet à notre gaillard de solides duels  en perspective : « C’est incroyable de se dire qu’on va jouer des internationaux presque tous les week-ends, parfois j’ai du mal à y croire. Ces mecs, il y a peu, avec les copains on les voyait à la télé. Et là on va les jouer. Imaginez l’excitation… »

Sur les traces de Jeannot Crenca…

Arrivé à dix ans à Agen, le champenois de naissance découvre dans sa ville d’adoption le ballon ovale, le sport roi dans la cité de Jasmin. Pragmatique il délaisse le judo pour goûter aux coutumes locales. Et ne tarde pas à en découvrir les joies. D’abord discret, le garçon explose avec les espoirs suavistes où il ne tarde pas à s’imposer comme un leader aux côtés des Paul Abadie, Julien Hériteau ou Pierre Fouyssac, génération dorée, comme lui appelée à franchir le palier pour intégrer l’équipe fanion : « C’est fou, plus jeune, je me disais que le plus compliqué était de devenir un joueur professionnel. Mais aujourd’hui je me rends compte que le plus dur, c’est de le rester. » Et pourtant son avenir semble doré à un poste où la France a bien du mal à trouver un successeur à un certain… Jeannot Crenca : « Jeannot, c’était mon idole, le meilleur pilier gauche du monde vous vous rendez compte ! Alors me parler de lui succéder… Il m’a beaucoup appris à mes débuts, beaucoup inspiré bien sûr. C’est une force d’avoir pu bénéficier de son expérience. » La page Crenca tournée, c’est au tour de celle de Reggiardo, un autre pilier, mais cette fois-ci argentin, de s’écrire. Et là encore, le jeune homme a l’ouïe attentive  : « Avec Mauricio, c’est comme avec Jeannot, il y a un sacré feeling. C’est l’école argentine, une référence dans la mêlée. Là encore, j’apprends beaucoup. Plein de détails qui sont devenus des évidences. » L’évidence, c’est que le garçon a du talent et la tête sur les épaules. Les sirènes du Top 14 lui ont fait quelques numéros de charme depuis son éclosion à Agen mais aussi avec l’équipe de France des moins de vingt ans où il a enchaîné Tournoi des Six nations et Coupe du Monde : « J’essaie de rester concentré sur le terrain et de ne penser qu’à ça. A Agen j’ai la chance de pouvoir m’exprimer. Je préfère jouer que d’être quatrième pilier d’une équipe du Top 6 ». Cette saison devrait offrir au Rémois l’occasion de franchir un nouveau palier. Et de faire sauter le bouchon de quelques uns de ses adversaires à venir…

Cyril Recondo

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