Christine Bonfanti-Dossat, première « sage » issue du Lot-et-Garonne


Le Lot-et-Garonne tient enfin sa première sénatrice. Depuis 1875 et la création d’une chambre haute républicaine, 29 hommes ont représenté le département au palais du Luxembourg, sans que le beau sexe n’ait jamais droit aux honneurs. Le mal est désormais réparé avec l’élection de Christine Bonfanti-Dossat ce dimanche 24 septembre, aux côtés de Jean-Pierre Moga. « Je porte ce mandat comme un témoignage de toutes ces femmes de talents qui vivent et travaillent en Lot-et-Garonne. Ma situation montre qu’elles peuvent y arriver aussi sans avoir besoin de ces quotas qui sont insupportables. Les portes sont aujourd’hui plus ouvertes qu’il y a une trentaine d’années », insiste l’intéressée.

« Au service des autres »

Cette trentaine d’années, justement, c’est le temps que Christine Bonfanti-Dossat a consacré à la politique. « Au sens étymologique, c’est-à-dire le dévouement aux autres pour la gestion de la cité, précise-t-elle. Pas de la politique politicienne. Ça, ça ne m’intéresse pas. » Pour ces mêmes raisons, elle avait choisi une carrière d’infirmière à domicile avant d’embrasser la vie publique en 1983 à Lafox, sa ville natale. Conseillère municipale puis adjointe, elle remporte l’écharpe en 1995 pour ne plus la quitter par la suite. Communauté de communes, Agglo, Département… Christine Bonfanti-Dossat s’y est également impliquée avec une « détermination » revendiquée. Forte de cette expérience, elle s’est sentie, à 61 ans, légitime pour aller défendre le territoire à Paris. « Je prends la mesure de l’honneur qui m’est fait, et j’aborde cette fonction avec beaucoup d’humilité. Ma grand-mère italienne me disait que le verbe le plus important après aimer, c’était servir », raconte la nouvelle parlementaire.

Un pincement au cœur

Le non-cumul étant de rigueur, elle devra quitter ses fonctions de première édile à Lafox le 21 octobre prochain. Seule ombre au tableau d’une semaine quasi-parfaite. « C’est un pincement au coeur. Je vais regretter ma mairie et surtout mon équipe, sans qui je ne serais pas sénatrice. Mais je tiens à rester conseillère municipale pour ne pas me couper du terrain. Et puis je sais que je serai bien remplacée », explique-t-elle, sans dévoiler le nom de son successeur. Une autre vie l’attend désormais, partagée entre la capitale et son terroir. « Je ne suis pas inquiète, avance-t-elle. Cette vie sera moins stressante car plus organisée. J’ai été maire en même temps qu’infirmière, un métier où l’on est impliqué 24h/24, sans oublier tous les autres mandats… Je pense que les choses seront plus simples. » Christine Bonfanti-Dossat ne se voit pas pour autant inutile, comme certains détracteurs du Sénat aime à penser. « Les gens se demandent si le Sénat est encore utile et efficace. La réponse est oui ! Le bicamérisme reste fondamental. C’est le trait d’union entre la République et les élus locaux, surtout ceux qui représentent les territoires ruraux. Le contrôle du gouvernement prend tout son sens, aujourd’hui plus que jamais. Les sénateurs sont des éléments modérateurs, loin de la médiatisation et du brouhaha de l’Assemblée. Le travail est plus efficace, réfléchi. Contrairement à ce qu’on peut penser, ce n’est pas une institution archaïque mais très moderne », affirme-t-elle.

Dernier combat

Elue nationale, son combat restera toutefois local avant tout, telle une « ambassadrice du département » : « Dans la continuité du travail remarquable effectué par Henri Tandonnet (à qui elle succède, ndlr), je veux faire bouger les choses pour le Lot-et-Garonne et sa ruralité. Je veux pousser pour faire éclore les grands projets dont le département a besoin et qui sont encore en gestation. Mon rôle de parlementaire sera de faire sauter certains verrous, ouvrir les portes qu’il faut, pour nous sortir du marasme qui nous coince entre Bordeaux et Toulouse ». Un discours ambitieux à des fins carriéristes ? Pas à en croire la sénatrice qui a déjà disputé – et gagné – sa dernière campagne électorale. « Dans six ans, j’arrête tout pour me consacrer à une personne que j’ai négligée toute ma vie : moi. Mais d’ici là, je serai au travail et dans les dossiers comme je l’ai modestement toujours fait ». 

Dimitri Laleuf

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