Junior Pelesasa, Monument man !


Le sourire rivé sur son visage invite à fraterniser. En seulement six années passées sur les berges de la Garonne, Junior Pelesasa est devenu plus qu’un simple joueur de rugby du SUA LG. Pour beaucoup, dans la préfecture de Lot-et-Garonne, il est « Junior », tout simplement, un mec qui a toujours le mot gentil pour tous et surtout avec qui on a envie d’aller boire une bière accoudé zinc.
C’est en Nouvelle-Zélande que Junior découvre le rugby. A XIII d’abord, parce que ses copains l’ont poussé à les suivre sur les prés de l’école qu’il fréquente. L’enfance est heureuse, couvée par un papa ancien boxeur professionnel qui ne plaisante pas avec les valeurs. Chez les Pelesasa, tout se mérite. Alors à quinze ans, quand Junior se voit offrir l’opportunité d’aller étudier dans une des écoles privées les plus fameuses d’Australie, à Brisbane, le Nudgee College, repéré par le célèbre dénicheur de talent     Peter Gledhill, pas question de laisser passer cette chance en or. Même s’il faut laisser beaucoup de choses en Nouvelle-Zélande : « Ce fut difficile de quitter si tôt mes parents, mes amis et mon pays » se souvient-il aujourd’hui encore. Mais je savais que c’était pour mon bien et qu’il fallait le faire. A Brisbane, heureusement, j’avais ma tante et une de mes soeurs. Ce fut plus facile au départ pour m’intégrer. Et puis le rugby a aussi aidé à ne pas compter les jours et à oublier l’éloignement le plus souvent possible ».

Une fusée mise en orbite !
La fusée Pelessa est mise sur orbite. Il joue son premier match professionnel avec les Brisbane Broncos, sorte de Stade Toulousain du rugby à XIII en Australie, à tout  juste dix-huit ans. Le gamin est déjà une star… Sur le terrain et dans les vestiaires où sa gentillesse fait déjà merveille. Son humilité lui reste chevillée au corps. Sûrement parce que son père a dû lui rappeler une chose essentielle : « Dans la vie comme sur un ring, un jour ou l’autre on tombe toujours sur plus fort que soi ».
Les sirènes du XV sont fortes, les Reds jettent leur dévolu sur celui que l’on annonce déjà comme un international en puissance. En 2005, Junior décroche sa première sélection avec l’Australie A. La suite est connue d’avance sauf que… Une blessure à l’épaule l’empêche de découvrir le plus haut niveau du rugby. Il décide de se remettre de ce coup du sort en quittant son pays d’adoption : « J’avais fait le tour du Super XIV, il me fallait un nouveau défi. Et tous mes potes ne me disaient que du bien de l’Europe ».
C’est le SU Agen qui décroche la timbale en 2009. L’aventure va durer six années. Intenses, faites de hauts et de bas, d’une montée et d’un titre (2010), d’une descente (2013) et de deux phases finales, en incluant celle à venir ce dimanche : « C’est incroyable ce que l’on peut vivre dans ce championnat de France ! J’ai adoré tous les matches joués ici et surtout la pression qui existe, quelque soit le niveau, autour des rencontres. En Top 14 ou Pro D2, il y a toujours quelque chose à jouer et il faut être au maximum en permanence.»
L’année dernière, il découvrait ainsi à 33 ans, avec les yeux d’un gamin, d’un junior serait-on tenté de dire, les phases finales de la Pro D2 : « Quelle ferveur dans la ville, dans les tribunes ! Les gens sont dingues de rugby ici, c’est génial ».

Fin de saison
Las, cette année il ne peut participer à la fête sur le pré, la faute à une fissure  au ménisque qui l’empêche d’être sur le terrain : « Cette saison j’ai galéré du début jusqu’à la fin. La tête avait encore envie mais le corps a dit stop. J’ai cumulé blessures sur blessures, une première dans ma carrière. A Noël j’ai senti que c’était la fin de l’aventure pour moi ». Après cette trêve des confiseurs un peu moins réjouissante que d’habitude, il a donc décidé, avec sa famille de tout mettre à plat. Avec son épouse Allison, Chase et Jaxon ses deux garçons nés à Agen, il a choisi de ranger les crampons à la fin de cette saison. Malgré quelques propositions, il ne se voyait pas vivre une nouvelle aventure autre part qu’à Agen : « J’ai toujours eu peur de faire l’année de trop. Il faut être raisonnable, et ne pas trahir les gens qui te font confiance. Je n’aurais pas supporté d’être un tricheur ».
Un tricheur Junior ? Demandez à tous ceux qui l’ont connu durant ces six belles saisons où parfois la tourmente a gagné un club qui, au détour de guerre d’égos, en a oublié de temps à autre la courtoisie et les règles de bienséance. Lui a gardé le cap. Et bien plus que des statistiques dans un livre des records, c’est d’abord cela qu’on retiendra : « J’aimerais que les gens ici gardent l’image d’un mec fidèle en amitié pas plus pas moins », conclut-il un brin ému. Mission accomplie, taille sénior…

C.R

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