Les 4 fantastiques


McIntyre, symbole du renouveau

Il va falloir s’habituer. Le numéro 10 agenais ne sera plus porté par Burton Francis. Après quatre saisons de bons et loyaux services (110 apparitions, 1075 points, 6 essais), le Sud-Africain très rarement blessé est parti dans l’Isère. Son remplaçant, qui vient lui aussi de l’hémisphère sud, aura la lourde tâche de le faire oublier. Tout juste débarqué d’Australie, Jake McIntyre n’aura pas de temps d’adaptation. A seulement 23 ans, il doit assumer les rênes d’une équipe de Top 14, un championnat qu’il découvre dans un pays qu’il découvre, avec la pression du maintien face à des formations surarmées… Pas évident. « Beaucoup d’équipes ici sont très puissantes, mais Agen ressemble un peu plus à ce qui se fait en Super Rugby. Cela correspond bien à mon style de jeu, très porté sur l’offensive. C’est donc le bon endroit pour moi pour débuter en France », tempère le jeune ouvreur. Et puis, il ne sort pas de nulle part. Avec 23 matchs de Super Rugby justement, en plus de ses exploits avec Brisbane dans le championnat australien, Jake McIntyre possède déjà un joli CV. Et des mentors de choix. Cette année encore, il partageait le poste chez les Queensland Reds avec un certain Quade Cooper qui reste un international accompli malgré un passage décevant à Toulon. A ses côté également en début de carrière, un autre Wallaby de génie : Will Genia. « C’est tout simplement le joueur qui m’a le plus marqué », déclare le néo-Agenais à propos de son compatriote demi-de-mêlée. « J’ai dans l’ensemble été très chanceux d’avoir été si bien entouré dans ma carrière, ajoute-t-il. Meilleurs sont vos coéquipiers et meilleur vous devez être sur le terrain. » En Lot-et-Garonne, il trouvera peut-être moins d’internationaux mais certaines figures lui sont déjà familières, à l’image de Tom Murday et Marco Kotze qui ont porté la même tunique : « Cela m’aide beaucoup pour m’intégrer. Le reste de l’équipe est aussi très accueillant. Tout le monde cherche à s’adapter à mon jeu, tout comme j’essaie de comprendre comment ils fonctionnent. Avec sa fiancée enfin à ses côtés, Jake McIntyre se sent déjà comme chez lui en dehors du terrain. Et sur le pré, ce n’est pas mal non plus. Si l’ouvreur n’a pas pu faire grand chose pour éviter la défaite des siens à Montpellier lors de la première journée, il s’est montré à l’aise. Et si l’on peut regretter une transformation manquée, sa prestation laisse présager du positif pour la suite, avec une bonne alternance et quelques prises d’initiative. Prometteur assurément. « Vous allez voir, on va surprendre pas mal de monde cette saison », annonce d’ailleurs l’intéressé.

 

Farré, l’heure de la confirmation

« SUA, Armandie, Albert Ferrasse… Ces noms là ont bercé mon enfance. » Vincent Farré, la nouvelle recrue agenaise en troisième ligne, est bien Landais, que l’on ne s’y trompe pas. D’Aire-sur-Adour plus exactement. « Mon grand-père, mon père ont joué et ont été présidents de Aire. Mon grand-père notamment était proche d’Albert Ferrasse, je me souviens qu’il prenait souvent la voiture pour se rendre à Armandie. » Demain, ce dernier, âgé de 88 printemps, devrait faire une fois de plus la route vers le temple du Sporting. Mais cette fois-ci pour y voir évoluer son solide petit fils. Comme « papy » et « papa », Vincent fait ses premiers pas de rugbyman à Aire-sur-Adour. A l’adolescence, le garçon file à Mont-de-Marsan où, très vite, il s’impose comme un grand espoir du club. Il découvre sans tarder l’équipe fanion avec à sa tête, à l’époque, un certain Stéphane Prosper. En 2012-2013, le garçon signe quelques apparitions remarquées, pense sa carrière sur les bons rails et découvre même le Top 14 avec les Noir et Jaune. Mais patatra, son rêve d’être prophète en son pays s’évanouit lorsque les dirigeants landais lui signifient qu’ils ne le conserveront pas : « Je me suis retrouvé sur le carreau sans vraiment trop m’y attendre ». Loin de s’avouer vaincu, le garçon file en Bretagne, à Vannes alors que le club évolue en Fédérale Une. Un départ douloureux mais qui au final va permettre au Landais de cumuler du temps de jeu et de s’aguerrir dans un championnat difficile et rugueux. Enfin reconnu à sa juste valeur, il voit de nouveau l’élite du rugby français lui faire les yeux doux après une seule année en Armorique. Albi le fait venir et, rapidement, le troisième-ligne va devenir un des cadres d’une équipe albigeoise dans laquelle il va s’épanouir. Jusqu’à taper dans l’oeil des recruteurs agenais qui décident de le faire venir cet été : « Il me restait un an de contrat mais la descente d’Albi en Fédérale 1, hélas, a, facilité les choses. » Samedi dernier, le Landais a d’emblée marqué les esprits, visiblement nullement impressionné par un  adversaire montpelliérain pourtant promis à jouer les premiers rôles dans un Top 14 qu’il redécouvre : «  Il y avait pourtant de l’appréhension avant le coup d’envoi. On se demande toujours si on va être au niveau. Mais la prestation collective a été plutôt rassurante dans l’ensemble je pense, tout du moins dans notre capacité à tenir le choc face à une équipe très massive. Il n’en demeure pas moins que l’on a perdu et qu’il va vite falloir redresser la barre. »

 

Qera à la relance à Agen

Akapusi Qera sur la pelouse de l’Altrad Stadium pour commencer la saison de Top 14, jusque-là rien d’anormal. Mais c’est avec la tunique agenaise sur les épaules et non celle des Cistes que le troisième-ligne a disputé la rencontre. Il était pourtant lié au MHR jusqu’en 2018. Mais le controversé propriétaire montpelliérain, Mohed Altrad, n’est pas du genre à faire des sentiments. A la fin du mois de mai dernier, Qera apprenait qu’il ne serait pas conservé et qu’il devait se trouver un club. « Je l’aurais su quelques mois plus tôt, ça n’aurait pas été un problème. Le découvrir dans les derniers jours de la saison, j’avoue que je n’ai pas compris… », raconte le Fidjien. Une pilule difficile à avaler et une leçon : « Le rugby moderne est d’abord une histoire de business. Traiter les joueurs de cette façon alors qu’ils sont le principal atout des clubs, ce n’est pas bien. Mais c’est la vie, il faut avancer. J’ai surtout envie de jouer au rugby et de me faire plaisir sur le terrain. Je ne suis pas revanchard, ni en colère ». Si de nombreuses équipes avaient bouclé leur recrutement, certaines n’ont pas hésité à sonder le capitaine des « Flying Fijians ». Et c’est finalement le SUA LG qui raflé la mise, avec une satisfaction non dissimulée tant ce profil et cette expérience étaient recherchés. Puissant mais également polyvalent avec la possibilité de se décaler sur plusieurs postes, l’ancien joueur de Gloucester est une recrue de choix pour le Sporting. En passant de Montpellier à Agen, Akapusi Qera change radicalement d’environnement. Il ne semble toutefois pas dérouté par sa nouvelle « maison ». « Je suis ami depuis longtemps avec Api Ratuniyarawa et je l’ai contacté pour en savoir plus. Je sais où je mets les pieds et je m’y sens très bien. Il y a une très bonne atmosphère ici, avec un bon mix entre les joueurs français et étrangers. Ce club a une grande histoire, connue dans le monde entier », explique-t-il. Et si la quête du maintien a remplacé celle du Brennus, l’enthousiasme d’Akapusi Qera n’est pas entamé. « Ce n’est pas la première fois que je me trouve dans cette situation, précise-t-il. Pour ma première saison à Montpellier (2014-2015), il avait fallu se battre pour éviter la relégation. Agen est aujourd’hui dans le même cas mais l’équipe ne manque pas d’ambition ni de talent. » Reste maintenant à bien assembler le puzzle. « L’effectif est jeune, et c’est bien en un sens, mais il manque d’expérience. Je pense que c’est un facteur clé. C’est ce qui faisait la différence à Montpellier, où il y avait beaucoup d’internationaux. Lors de la première journée, on a reçu une grosse leçon et il faudra la retenir. Il y aura encore plein d’autres montagnes à franchir pendant la saison. On doit construire un environnement propice à la victoire, une culture de la gagne. Dès que ça s’enclenchera, tout sera plus simple. » Espérons-le.

 

Januarie : « Poser ses couilles sur la table »

L’effectif du Sporting est jeune, et c’est là l’une de ses principales fiertés. Mais pour encadrer « les gamins » dans cet exigeant Top 14, la direction du club n’a pas hésité à signer quelques vieux briscards. Enrico Januarie fait partie de ceux-là. A 35 ans passés, le demi-de-mêlée sud-africain a vu du pays. Quatre saisons au Lou puis deux au Stade rochelais lui ont forgé une solide connaissance du rugby français. Mais Januarie, c’est aussi une centaine de matchs en Super Rugby et pas moins de 47 sélections chez les Springboks… Et toujours la même hargne. Sa gueule de boxeur et son physique trapu ne sont pas des artifices. Sur un terrain, il « ne lâche jamais rien », tel un pitbull accroché au mollet. Le renoncement ne fait pas partie de son vocabulaire. Plusieurs jours après la défaite inaugurale à Montpellier, quelques « relâchements » de la ligne de trois-quarts en défense lui restaient encore en travers de la gorge. « On ne doit pas permettre des essais faciles à l’adversaire », dit-il. Il a en revanche apprécié que son équipe se batte jusqu’à la sirène, malgré l’ampleur du score (48-19). « C’est avec ce genre de comportement que l’on pourra atteindre nos objectifs », poursuit-il. Car selon lui, pas grand chose ne sépare le SUA LG des meilleures formations. « Agen peut tout à fait évoluer au même niveau que les autres, et pendant les 80 minutes d’un match », affirme Enrico Januarie. Vous avez bien lu. Lui, le demi-de-mêlée qui évoluait au sein de la meilleure équipe de la saison passée, estime que les Lot-et-Garonnais ont « tout ce qu’il faut » pour gagner. « Il faut simplement accumuler beaucoup de confiance entre joueurs et la mettre ensuite sur le terrain. Il faut mettre ses couilles sur la table (sic) et regarder les autres droit dans les yeux. On n’a rien à craindre. Bien sûr, ce sera difficile à l’extérieur. Mais à la maison, on peut et on doit gagner chaque rencontre. » Pas du genre à douter, Enrico Januarie essaie d’inoculer sa combativité à ses coéquipiers. À commencer par son jeune partenaire australien de la charnière, Jake McIntyre. « Du fait que l’on parle anglais tous les deux, on a une bonne communication, je suis à l’aise pour lui dire les choses », avance l’ex-Springbok. Toutefois, Enrico Januarie ne confond pas rage de vaincre et précipitation. Sur le pré, il prône même la patience. « A l’image des All Blacks qui peuvent marquer après une vingtaine de temps de jeu consécutifs, il nous faut attendre la bonne ouverture. On cherche parfois la passe de trop alors qu’elle n’est pas nécessaire. C’est quelque chose que l’on va devoir corriger », analyse-t-il. Détermination, confiance et patience, des qualités qui rappellent un certain Floyd Mayweather. Et qui lui ont visiblement réussi.

 

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