Littérature // Un Américain à Nérac


La librairie La Maison des Feuilles a accueilli la semaine passée, un auteur américain, Kim Zupan, qui a commencé à se faire connaître sur le territoire français grâce à son premier livre édité : Les Arpenteurs, sorti aux États-Unis en octobre 2014 puis en France en début d’année.
« J’ai été étonnée et surprise de ce premier roman si bien construit, où l’expérience de l’écriture se ressent » affirme Cécile Quinard, gérante de la librairie néracaise.
Le roman, plus psychologique que policier, registre dans lequel il est pourtant inscrit, suit la rencontre de deux hommes que tout sépare et qui vont pourtant se lier d’une amitié profonde. Les personnages de Val Millimaki, jeune adjoint du shérif dont le mariage bat de l’aile et de John Gload, auteur de crimes sanguinaires, détenu dans la prison du comté, sont inspirés d’une histoire vraie, datant des années 70 dans l’Ouest américain. L’auteur explique : « Cette histoire a vraiment existé, il est vrai que lors de l’écriture, je ne savais pas quelle type de relation j’allais leur donner. Au fil du temps, cette relation entre les deux hommes m’a parut logique ».

Psychologie dans un roman policier

Selon Cécile Quinard, Kim Zupan « casse les habitudes de départ », il ne s’agit pas véritablement d’un polar. Certes il en a des éléments : une prison, un shérif, un serial killer… Mais l’ouvrage n’a pas été écrit dans cet intérêt confirme l’auteur américain. « Ce n’est pas un « crime story », l’intention était d’établir un rapport plus psychologique sur la relation entre ces deux personnages. »

« Une écriture nature » 

Les Arpenteurs est aussi un roman où la nature tient une place prépondérante. Cécile Quinard parle de « digressions à quasiment toutes les pages sur les oiseaux, les paysages, l’environnement, etc ». La nature influence la psychologie des personnages. Cet environnement, à l’aspect sauvage du Montana, région d’enfance de l’auteur, a « imprégné son éducation, bercé ma vie ». Pour une lecture française, c’est tout à fait particulier mais Kim Zupan précise : « Il est vrai que tout le monde parle de « nature writing » mais je ne l’ai pas fait volontairement. Les gens ont tendance à tout mettre dans des catégories, il en fallait bien une pour ce livre mais je n’ai pas le sentiment d’y appartenir. En France, vos bâtiments sont plus anciens que ceux de nos grandes villes. Il existe encore beaucoup d’endroits en Amérique, notamment au Sud, avec des immensités de nature sauvage, une nature non-exploitée ». Cécile précise : « Ce livre n’inclut pas un décor et des personnages, les deux se fondent l’un dans l’autre ».
Comment s’y prend-il pour écrire ? « Je dirai que j’écris en désordre. J’ai gardé l’habitude d’écrire tard la nuit, après le coucher des enfants » en rigole le romancier américain.

« J’ai écrit plusieurs fins »

L’écrivain précise qu’il a aussi écrit plusieurs fins avant de se décider sur la version définitive. « J’avais fait plusieurs brouillons quand un très bon ami m’a donné ce conseil : la fin commencera à prendre forme quand tu rêveras de tes personnages. »
Mais comment se sortir de ce livre et repartir sur un autre avec une atmosphère et des personnages différents ? Il faut savoir passer à autre chose en ayant d’autres projets, selon Zupan. « Il est dangeureux de rester sur la même émotion, cela peut avoisiner la folie. Passer à autre chose c’est se construire un nouveau monde. »
Cécile pose la question : « Vous avez signé la sortie de votre livre en octobre 2014 et enchaîné avec une parution début janvier en France, étiez-vous sûr de votre réussite ? »
La traductrice présente ce jour-là, qui travaille également pour les Éditions Gallmeister, s’est faite la porte-voix de l’auteur : « Les méthodes des maisons d’édition américaines diffèrent un peu des  françaises. Les écrits ont très vite été envoyés aux maisons d’édition françaises avec déjà le plus gros du boulot de traduction effectué. Il a suffi de quelques rectifications et de paufinement pour achever le travail sur la version française. »
Kim Zupan ne cache pas que ça a été une « wonderful surprise » de voir son livre si bien accueilli des Français : « Écrire n’est pas une bonne façon de gagner sa vie mais une bonne façon de la construire. » ajoute-t-il.

Ophélie Auberval

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