Mikael, le petit prince de la voltige


Non Mikael Brageot n’était pas un de ces mômes rêvant de planer au dessus des nuages en se repassant en boucle le film Top Gun une fois adolescent. Garçon sage, il préférait passer son temps libre auprès de son grand-père et de son père sans se douter qu’un dimanche allait changer sa vie.

Ce jour-là, son grand-père lui propose d’aller voir les avions à l’aérodrome de Rogé, comme il lui aurait proposé d’aller pêcher la truite. Mikael a alors 12 ans : « Mon grand-père pensait simplement qu’un enfant se devait de savoir voler en l’an 2000, comme si en l’an 2000, voler allait être le principal moyen de se déplacer au monde » raconte Mikael Brageot. En cette année 1998,  le jeune Mika découvre alors un autre univers qu’il ne quittera plus : « Je me souviens de ce premier vol, des sensations exceptionnelles que j’ai pu ressentir, moi qui n’avais jusqu’ici jamais pris l’avion. Je suis entré dans un autre monde où on évolue en 3D… La vision que j’ai eue du cockpit ne m’a plus quitté. Je suis descendu en disant : « Je veux recommencer » ».

Piqué par le virus, Mikael Brageot affirme pourtant n’être pas différent de tous les enfants qui découvrent le vol. Et pourtant…

Douze ans et six mois, les débuts de la voltige

A douze ans, le voilà inscrit comme  apprenti pilote au club villeneuvois. Et très vite, Mikael va être attiré par la voltige : « C’est hyper tentant quand vous voyez les avions dans le hangar et les autres en l’air ». Six mois plus tard, il s’y colle et décolle pour s’exercer aux acrobaties aériennes. Il fait ses premières compétitions à 13 ans : « Dès que j’avais du temps libre, je venais m’entraîner. J’ai eu la chance, ici, d’être motivé par une équipe déjà en place ». Au fil des années, la motivation de Mika ne diminue pas : « Bien au contraire… On a souvent une image faussée des pilotes, un peu têtes brûlées. Mais c’est tout le contraire. Ce sport nécessite une sécurité absolue et donc responsabilise très tôt ceux qui le pratiquent. C’est une formidable école d’autonomie et d’émancipation pour un adolescent ». Car, aussi étonnant que cela puisse paraître, il est autorisé de voler seul à 15 ans sur le territoire français : « Je venais alors en mob’ à l’aérodrome, j’ouvrais le hangar et je m’envolais. Et à 17 ans, j’avais le permis pour l’Europe et pouvais transporter des passagers. J’en profitais, d’autant plus que mes parents m’ont toujours encouragé ».

A l’aube de partir en études supérieures, Mikael Brageot a deux options : devenir pilote de ligne ou sportif professionnel. « C’est la deuxième option qui m’a le plus tenté. » Bien lui en a pris. Mikael Brageot intègre l’équipe de France à 21 ans. Depuis il y consacre tout son temps, de championnats nationaux et internationaux, aux entraînements en passant par les meetings aériens, un peu partout dans le monde : « Je suis dans mon cockpit de janvier à octobre, soit 30 semaines dans l’année. Je fais d’ailleurs plus de kilomètres en l’air que dans ma voiture… » Calcul fait, Mikael Brageot engrange effectivement 45 000 kilomètres aux commandes contre 30 000 au volant.

Au plus haut niveau

Cet entraînement intense a fait de Mikael Brageot l’un des meilleurs pilotes de voltige en France. Et l’année 2014 le couronne. Il devient, en effet, champion d’Europe en équipe, et remporte l’Open de France à Châteauroux. Il s’engage également dans une nouvelle discipline, la course de vitesse : « Où les avions doivent effectuer un vol entre deux pylônes gonflables. Le plus rapide l’emporte ».

Mikael Brageot est également entré dans l’équipe Breitling : « Un sponsor qui me permet de ne plus me poser de questions financières et qui m’aide désormais à atteindre le plus haut niveau ».

Depuis un an, Mikael possède donc son propre avion dont il énonce les caractéristiques avec fierté : « Un Extra 330 SC… De 330 chevaux pour un poids de 550 kg… La Formule 1 des airs ». Un avion qui, surtout, lui apporte un confort de travail : « Mes réglages, mon siège ne bougent pas d’un vol à l’autre ». Enivré par ses succès, Mikael aurait pu être tenté d’aller s’envoler ailleurs que des pistes villeneuvoises. Mais si l’idée lui a traversé l’esprit, il a vite peser le pour et le contre : « J’ai toujours réussi à tout gagner depuis Villeneuve-sur-Lot… Pourquoi déménager et me couper de mon club ? ». Et le monde, il le voit bien assez au fil de ses compétitions sportives : Dallas, Las Vegas, Budapest et l’Autriche sont sur son agenda le mois prochain. Bien au contraire, le pilote de 28 ans a convaincu sa conjointe de poser ses valises en Lot-et-Garonne… Entre deux vols… « Elle est pilote de ligne à Air France ». Mikael, lui, se donne encore dix années de haut niveau pour atteindre le firmament de la voltige.

Annabel Perrin

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0

Tags:

Laisser un commentaire

Pas de Commentaires

Les commentaires sont fermés