Le musée redécouvre son passé carcéral


Le musée des Beaux-arts d’Agen n’a pas toujours abrité des œuvres d’art. Quelques détenus en attente de jugement ont aussi occupé les sous-sols de l’institution qui avait à l’époque une autre affectation. C’était à la fin du XVIIIe siècle, à une époque où les bâtiments du pouvoir municipal faisaient également office de prison. Alors qu’Arnaud Théval présente aux Jacobins son travail sur les coulisses du monde carcéral, les équipes du conservateur Adrien Enfedaque ont souhaité apporter en écho une réflexion sur l’enfermement. Jusqu’au 13 novembre, c’est une exposition exceptionnelle en trois volets qui s’offre aux Agenais. Exceptionnelle mais surtout surprenante. En effet, toute une partie est consacrée à des documents rares… qui n’avaient rien d’artistique. « Nous avons remis la main sur des plans d’architecte de l’ingénieur des ponts et chaussées Antoine-François Lomet datant de 1785. Il s’agissait d’un projet de maison commune regroupant dans un même bâtiment l’ancienne mairie, la maison du roi où logeait le sénéchal mais aussi le théâtre, un beffroi, des pièces de réception et des lieux d’enfermement. Ce projet très sérieux n’a finalement jamais vu le jour, car trop ambitieux pour les deniers publics », raconte Adrien Enfedaque. Ces plans, d’une grande valeur historique, n’avaient jamais été montrés au public, à l’exception d’une brève apparition pour le bicentenaire de la Révolution française.

Piranèse et la toile inconnue

Quelques mètres plus loin se trouvent des éléments d’un genre bien différent. Le voisin villeneuvois de Gajac a prêté vingt-et-une œuvres signées de Giovanni Battista Piranesi. « Piranèse est l’un des plus grands graveurs avec Dürer et Rembrandt », affirme Adrien Enfedaque. Quatorze planches tirés de la deuxième série des « Prisons imaginaires » et sept extraites d’autres recueils montrent la vision très personnelle que l’artiste se fait d’une geôle. « La prison déclenche ses fantasmes. Il la déconstruit pour en faire un univers monumental, démesuré. Il y dépeint la petitesse des hommes qui errent dans ces espaces gigantesques. La technique de l’eau-forte avec l’acide qui vient mordre le métal fait ressortir des noirs très intenses », détaille le conservateur. Et ce n’est pas la seule surprise. « Cette exposition nous a permis de retrouver un tableau dans les réserves. Il n’avait jamais été présenté, ajoute-t-il. Si l’auteur reste inconnu, les spécialistes s’accordent à dire qu’il vient de France et a été peint à la fin du XVIIIe. Il est certainement l’oeuvre d’un grand maître. » Cette toile, enregistrée à l’inventaire comme une « Scène de prison, prisonnier désespéré au milieu de ses geôliers » et tout juste restaurée recèle bien des mystères encore non élucidés. Qui est ce prisonnier, la tête dans ses mains ? Pourquoi a-t-il avec lui son épée ? Que lui disent ses gardiens en armure ? Le « délire » du conservateur lui fait voir « François Ier, prisonnier de Charles Quint à Madrid ». « A cette époque, on peignait beaucoup d’évènements historiques qui s’étaient réellement déroulés », glisse-t-il. Quelle sera l’interprétation des visiteurs agenais ?

Dimitri Laleuf

Des visites guidées et une projection documentaire seront organisées. Infos au 05 53 69 47 23 ou sur www.agen.fr/musee – Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h.

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